Elephant

genre :

fiche technique :  

      

 John prend la place de son père au volant dans la voiture, ce dernier étant ivre trop pour conduire son fils au lycée. Arrivé sur les lieux, John lui confisque les clés et lui demande d’attendre. Il téléphone ensuite à son frère pour qu’il vienne rechercher les clés au lycée et prendre leur père qui est censé les attendre. Dans le même temps, Elias photographie un couple d’ados avant de se rendre dans le même lycée de John.

 

L'intro du film et la voiture folle

          Révélons tout de suite la trame du film. Inspiré des événements au Lycée Columbine (Littletown, Colorado, Etats-Unis) le 20 avril 1999 (le massacre de 12 adolescents et un professeur par deux lycéens sur-armés), Gus Van Sant le réalisateur ne propose pas un documentaire précis ce drame, mais une vision similaire. D’ailleurs le nom de la ville et du lycée ne sont jamais mentionnés. Les deux tueurs n’ont pas les mêmes prénoms également que les protagonistes du film. Il ne s’agit donc pas d’une reconstitution fidèle mais bien d’une œuvre fictive inspirée de la réalité, un peu à la manière du film « L’Adversaire ». Tout se passe dans un espace de temps restreint, où pendant quelques heures on suit les élèves du lycée avant le drame final. La caméra s’attache à suivre l’un d’eux, bien défini, puis part vers un autre, en reprenant quasiment le même espace temps qui se déroule dans le lycée. Parfois les scènes se croisent, on retrouve la même séquence sous deux angles différents suivant le protagoniste accompagné par la caméra. Par contre, quand il s’agit de montrer les tueurs, Gus Van Sant se permet des petites transgressions en les montrant chez l’un d’eux, donc hors du lycée, et avant le déroulement des heures précédant la tragédie. Il s’attache donc à livrer plus de détails (on apprend que les tueurs ont fait leur marché via internet par exemple) mais ne livre aucune explication quant à leur motivation. Ce sont en fait deux lycéens comme les autres, mal dans leur peau et qui extérioriseront leur souffrance par une violence totalement disproportionnée. D’ailleurs si cette histoire n’était pas tirée d’un fait réel , elle serait difficilement vraisemblable et sur qu’elle se serait heurtée à des ligues bien pensantes trouvant abject le point de vue du réalisateur. Car imaginons un instant que le film soit né avant le drame réel, il paraît évident de penser que l’on aurait incriminé le réalisateur en qualifiant de subversive son œuvre. Dans son contexte, c’est-à-dire sorti après la catastrophe, le film intéresse, parce que l’on cherche à trouver des éléments de compréhension (que le réalisateur ne livre aucunement). On se fait donc sa propre interprétation, on ressort avec son point de vue, pas forcément le même que le voisin, et ces questions sans réponses ne peuvent laisser de marbre. C’est donc naturellement que le film a gagné sa palme d’or à Cannes (que l’on peut toujours discuter), parce que ce qu’il propose permet au spectateur de réfléchir. Dans le cas contraire, c’est à dire réalisé sans que le drame n’ait eu lieu, on n’aurait trouvé aucun intérêt si ce n’est de la violence gratuite.

Croix blanche sur sweat rouge : une symboliqus annonciatrice d'évènements douloureux...

         Intéressant aussi de noter également que l’on suit un film où il ne se passe rien d’exceptionnel (exceptée la fin bien sur). Pas de scénario béton (la plupart des dialogues sont improvisés, Gus donnant juste une trame à ses acteurs), des acteurs amateurs (la majorité d’entre eux ont gardé leur propre prénom)… Et pourtant on se laisse prendre au jeu, on se laisse happer par ce tourbillon trop juste, trop réel pour être vrai. Alors que le film démarre très lentement, cette pesanteur n’exaspère pourtant pas et ne devient en aucun cas synonyme d’ennui. Tranquillement on suit quelques élèves, on entre dans leur cercle d’intimité et on apprend facilement à connaître leur caractère. Il y a le type super sympa passionné de photos avec lequel on aimerait être le pote, l’adolescente introvertie mal dans sa peau, le lycéen courageux mais inconscient, les clones de Britney Spears… mais leur caractères ne sont nullement stéréotypés, ils s’appliquent à des lycéens quelconques. Des américains comme il en existe tant d’autres. Les deux tueurs ne sont pas non plus des déments embrigadés dans une idéologie satanique ou néo-nazie. Ce sont deux élèves moyens, peut-être à l’homosexualité refoulée. Est-ce d’ailleurs pour ça que Gus Van Sant démarre une scène dans le lycée qui traite de l’apparence homosexuelle ? Rien de sûr, le cinéaste se plaçant sur la corde raide, encore une fois. Et cette audace en tous cas paie, car elle se retrouve à tous les niveaux. Ainsi on ne voit que très peu les enseignants, on a plutôt l’impression de pénétrer un univers où les adolescents sont livrés à eux-même, les adultes paraissant dépassés. Rien n’était gagné pour ce film, qui a d’ailleurs essuyé de nombreuses critiques aux Etats-Unis. Mais en aucun cas on ne peut lui reprocher sa dose d’originalité.

Eric et Alex

 

Elias

 

Les trois filles

 

John

Le père

Michelle

Cliquez sur les vignettes pour découvrir les trailers

         Gus Van Sant est avant tout un réalisateur indépendant, qui filme sans artifices, se basant sur la suggestion. Nous ne savons rien mais c’est à nous d’imaginer. Il livre également une œuvre destructurée par la forme, très esthétique sans pour autant être indigeste, bien au contraire. Si la fin est plutôt classique, le style expérimental de l’auteur le place facilement dans la catégorie des réalisateurs underground. Son film est bon. Très bon même.

Cliquez sur les armes animées pour découvrir des bonus